Bruit

C'est une pièce vide. Meublée de silence et avec une odeur de peur flottant dans l'air. S'il y avait eu des fenêtres, il aurait fallu les ouvrir grand.

Le blanc silence est pourtant éclaboussé de noir ; un tic-tac régulier le salit et une vibration sourde, basse et continue le ternit.

Je me tourne et me retourne. Je cherche l'origine de ces intrus malvenus ; en vain. Les murs de la pièce tremblent sous cette puissante vibration, se fissurent puis éclatent.

Je me recroqueville et protège ma tête de mes bras. Je ferme les yeux. Une bourrasque violente me malmène. Un morceau de silence frappe mon dos. Tout à coup le vent retombe, les bruits se calment. Je rouvre les yeux et vois la destruction dans un espace infini. Le ciel semble vouloir s'enfuir, ses nuages sombres tournent leur dos rond vers moi. L'air est froid et me brûle de l'intérieur.

Un cri fend l'air et me vrille les tympans. Des pleurs douloureux me pétrifient. Ce sont des appels à l'aide. Je ne peux rien faire. Je ne vois pas qui est en détresse. Je suis dans un monde de désolation. Les débris des murs - autrefois blancs - jonchent le sol. Le temps semble ralenti. Et les pleurs continuent. Commence une dispute. Je ne comprends rien à ces mots bardés de fer qui sont jetés les uns contre les autres, traversent les nuages et bombardent la terre.

Mon coeur s'affole. Je manque d'air. Les yeux me piquent. Il se met à pleuvoir. Le tic-tac et la vibration, les cris, les pleurs et les mots guerriers me harcèlent et s'allient au vacarme de la pluie qui m'attaque.

Et alors je craque et je pleure.

Je pleure et le monde est secoué.

Ma vision se brouille et mes oreilles sont saturées. Ma peau mitraillée devient de plus en plus insensible. Je tangue et le sol tremble. Le monde s'acharne contre moi et je voudrais disparaître. Je souhaite disparaître et on se rit de moi.

Anounka

février-mars 2022

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